Quand les réseaux sont ouverts et l’air est plus pur: Internet des Objets et vélos en Catalogne

En plein boom de l’intelligence artificielle et des algorithmes qui semblent en savoir plus sur nous que nous-mêmes, on a un peu perdu de vue une autre promesse technologique d’il y a quelques années: l’Internet des objets (IoT), ce réseau numérique qui permet à différents appareils d’être connectés et de communiquer entre eux, et avec nous. Pour les «moyennement»  technophiles comme moi, cela évoque des frigos intelligents qui savent quand on rentre chez soi et suggèrent un dîner équilibré. Mais l’IoT peut être bien plus que des appareils futés pour grignoter malin: c’est aussi un outil collectif pour rendre nos villes plus vivables et plus justes.

Le problème, c’est que les nouvelles technologies — y compris les infrastructures pour réseaux IoT — ne sont souvent déployées que là où elles peuvent générer du profit pour les grandes entreprises privées qui les développent – cela peut sembler cliché, mais pensez à Amazon et Alexa, ou à Samsung et ces électroménagers connectés. Résultat: l’IoT est plus présent chez les communautés plus aisées, où il devient la base d’une panoplie de nouveaux produits, comme les visiophones connectés. Si bien les villes travaillent depuis un certain temps déjà avec de nombreuses données d’intérêt public (qualité de l’air, mobilité, usage de l’eau, etc.), elles dépendent encore souvent de fournisseurs propriétaires et d’infrastructures fermées, ce qui freine la mutualisation technique et l’innovation ouverte à l’échelle régionale. Et si les municipalités et les communautés pouvaient co-développer des infrastructures IoT partagées, ouvertes, destinées à répondre à des besoins sociaux et environnementaux ?

C’est exactement la vision derrière XOIC (réseau ouvert et communautaire d’Internet des objets, en catalan), une initiative portée par la coopérative multi-acteur barcelonaise pour la promotion des communs FemProcomuns. Le programme XOIC vise à créer et promouvoir un réseau public d’IoT (agnostique en matière de technologie mais actuellement basé sur LoRaWAN) gratuit pour toute la population, capable de soutenir une multitude de dispositifs basés sur des capteurs. Les impacts sur la durabilité territoriale sont multiples: mutualiser une même infrastructure pour différents usages et acteurs réduit les ressources matérielles nécessaires. Le partage des connaissances rend l’adoption de cette technologie plus accessible aux petites entreprises locales, favorisant la souveraineté technologique et stimulant l’innovation adaptée aux contextes locaux. Comme le dit Iker Bilbao de FemProcomuns :
« Il faut enraciner la technologie dans le territoire et donner aux petites entreprises une vraie chance de faire partie de l’économie du XXIe siècle. »

Certaines applications concrètes du XOIC passent par leur dispositif BICxO, une plateforme de capteurs alimentée à l’énergie solaire installée sur des véhicules mobiles comme des vélos, des tricycles ou des camionnettes. Et c’est là que l’air pur entre en scène. XOIC a mené plusieurs pilotes, dont un aussi parlant que pédalé : des vélos circulent dans des villes comme Tarragone ou Barcelone équipés de capteurs BICxO pour mesurer en temps réel la qualité de l’air. Un autre projet explore des itinéraires plus sains pour les cyclistes, afin d’éviter les heures et rues les plus polluées, mais aussi de promouvoir la science citoyenne, notamment auprès des étudiants. D’autres usages possibles des réseaux IoT ouverts comme XOIC : gestion de l’eau dans des communautés rurales d’irrigation, soutenir les réfugiés climatiques (particulièrement pertinent en Méditerranée), quantifier et lutter contre la précarité énergétique, ou monitoriser le CO₂ en milieu forestier — sans satellites ni factures stratosphériques.

Et maintenant ? L’enjeu est de passer à l’échelle, notamment dans les collectivités locales. Des exemples comme The Things Network à Amsterdam montrent qu’un autre modèle de ville intelligente n’est pas seulement possible : il est déjà en marche. Parce que oui, un ‘smart’ frigo m’aidera peut-être à mieux manger, moi… Mais une ville ouverte, vraiment intelligente? Elle pourrait bien nous aider tous à mieux respirer.

Crédit photo : XOIC