Les neurosciences comme indicateur des inégalités en ville

On pourrait facilement se pardonner de penser que le seul lien entre les neurosciences et le paysage urbain est que de nombreux centres de recherche sont installés dans des villes. Cependant, comme le montre cet article sur les villes équitables et les neurosciences environnementales, il existe en réalité de multiples façons dont la compréhension croissante du cerveau, de ses interactions avec le corps, et la conception urbaine se recoupent.

De la diversité des interactions sociales, au niveau de bruit, en passant par l’accès aux espaces verts, les caractéristiques de l’environnement urbain ont des répercussions importantes sur les mécanismes neuronaux et le fonctionnement du cerveau, influençant ainsi notre état physique. […]

Alors que la psychologie de l’espace étudie l’impact de l’environnement sur le comportement, les pensées et les sentiments, les neurosciences environnementales étudient la manière dont l’environnement influe sur les processus biologiques, le cerveau et le système nerveux.

Qu’il s’agisse de techniques d’imagerie cérébrale, de machines à suivi oculaire ou de modèles statistiques, cette pratique émergente quantifie les interactions entre l’individu et l’environnement urbain.

Le neuro-urbanisme fait appel aux neurosciences, à l’architecture, à l’urbanisme et à la sociologie et vise à « comprendre les problèmes de santé mentale que pose la vie en ville ».

Comme dans beaucoup de disciplines, plus nous en savons, plus nous réalisons à quel point les choses sont interconnectées, interdépendantes et en interaction. Ainsi, même si des domaines tels que les neurosciences environnementales n’étudient pas spécifiquement les inégalités, dès lors que l’on y prête suffisamment attention et que l’on relie les résultats à d’autres domaines d’étude, on peut constater que les quartiers défavorisés des villes ont des effets négatifs sur la santé de leurs habitants, et l’on peut utiliser les résultats pour travailler sur les questions d’inégalité.

Des études ont montré que l’accès aux espaces verts peut contribuer à réduire les inégalités de santé liées au revenu. Par conséquent, si la lutte contre les inégalités de revenu ne relève pas des attributs des architectes et des urbanistes, la profession peut s’attaquer au problème en aménageant davantage d’espaces verts dans les communautés à faibles revenus.

Dire que notre monde est complexe est un trope très usé, mais même si nous pouvons nous lasser de cette affirmation, elle n’en devient pas moins vraie. L’une des conséquences de la complexité est que les différents domaines d’investigation deviennent connectés, à tout le moins parce que les systèmes qu’ils étudient sont eux-mêmes connectés. Ces connexions entre domaines sont de précieuses occasions de changer de perspective et de mieux comprendre ce qui est étudié.

À l’heure où l’architecture et l’urbanisme deviennent des activités collectives et transdisciplinaires et où le processus de conception s’appuie sur des champs de connaissances de plus en plus diversifiés, les neurosciences environnementales offrent une expertise professionnelle supplémentaire dans laquelle ancrer les décisions de conception et les politiques urbaines.